Rapide contribution à l’histoire de la Libre Pensée internationale

par Jean-Marc Schiappa
Président de l’IRELP (Institut de Recherches et d’Etudes de la Libre Pensée, France)
lundi 19 mai 2008
par  cilalp_france
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Nous n’avons à revenir ici sur les raisons qui font de la Libre Pensée, une organisation combattant contre le dogmatisme international, et donc, une réflexion et une organisation internationales.

On comprendra également que, ni de près ni de loin, il ne s’agisse dans le cadre de cette rapide contribution de présenter une histoire de la Libre Pensée internationale.

Nous n’en avons ni les moyens ni, même d’un certain point de vue, à ce stade, l’envie.

Notre objectif est de montrer que, en toutes circonstances et à tous égards, une Internationale des Libres Penseurs est une bonne chose, à condition qu’elle soit à la fois une « Internationale » et « de la Libre Pensée ».

On pourrait, de manière très schématique, mais cohérente, désigner cinq moments de cette réflexion et organisation internationales.

- 1) Vers une Internationale (1848-1880)
- 2) Une Internationale malgré tout (1880-1938)
- 3) L’action internationale dans des conditions difficiles (1945-1968)
- 4) L’Union mondiale vers sa fin (à partir de 1968-1970)
- 5) Plus que jamais, nécessité de l’Internationale (actuellement)

Nous avons, dans un autre document, souligné l’importance décisive du Congrès international de Rome de 1904 et de l’adoption de la Charte de la Libre Pensée, dite « Charte Buisson » (annexe 1) qui fut – ou qui doit être – à la base de toute action internationale de libre-penseurs. Elle fut, d’ailleurs, reprise au Congrès mondial de 1929 à Luxembourg et régulièrement rappelée.

L’Union Mondiale, constituée en 1936, comme réunification des diverses organisations libre-penseuses, reconstituée après-guerre, fut longtemps et dans des conditions difficiles une vraie Internationale.

Cette internationale avait été mise à mal par la première guerre mondiale et ses suites ; elle ne put se réunir entre 1914 et 1919 ; elle fut l’objet de confusions et de scissions multiples liées à la situation internationale et aux scissions du mouvement ouvrier et démocratique dans le monde, sans qu’il s’agisse ici de se prononcer sur les raisons de cet éclatement ; la montée du fascisme empêcha les Congrès de Rome (1925, tenu à Paris) et de Varsovie (1929, tenu à Luxembourg). Justement, cette montée fasciste et la révolte ouvrière et démocratique qui suivit suscitèrent la nécessité de surmonter les dispersions (1936). Ce fut fait au Congrès de Prague en 1936.

Nous remarquerons que la Charte de Rome est rappelée, à nouveau, comme étant la base du mouvement libre-penseur.

Ce Congrès, s’il accorde, dans les circonstances de l’époque, une large publicité à l’organisation des Athées en URSS et donc à l’URSS, se caractérise surtout par le soutien qu’il accorde aux démocrates de Pologne, d’Italie, d’Allemagne, d’Autriche (p. 51 du compte-rendu) et à la « chaleureuse gratitude à nos amis d’Espagne » (p.51), engagés dans la Révolution espagnole.

Nous citerons également quelques mots du rapport de la secrétaire H. Pardon : « Longtemps, la Libre Pensée, qui voyait clair, criait en vain casse-cou à ceux qui se prostituaient dans les alliances et dans les compromissions avec les catholiques ». (p. 52) . Prostituer ! Le terme n’est pas faible !

Mais très vite, la Deuxième Guerre mondiale puis la situation internationale de guerre froide entamée en 1947 vont, à nouveau, compliquer les choses.

Pour étudier l’activité de l’Union Mondiale dans cette période difficile, l’IRELP dispose de deux séries de documents (ce qui est limité, illustrant par la faiblesse des archives la situation elle même mais suffisant pour avoir une première indication). Ces documents sont la correspondance administrative de différents responsables de l’Union (Pardon, Courtois, Bonner) et les documents et résolutions des Congrès entre 1952 et 1968 .

Ces archives, pour reprendre un terme utilisé au Conseil général de 1968, sont « incroyablement incomplètes » mais, malgré tout, elles donnent plusieurs indications de fond.

Il faut poser, en l’absence de projet historique complet sur le bilan de l’UMLP, quelques questions lapidaires :

- 1 )Existe-t-il une direction collective ? quel est son fonctionnement ? quels sont ses moyens ? quel est son renouvellement éventuel ? sa volonté de renouvellement ? les facteurs de routine ?
- 2) Constate-t-on l’existence d’un plan de développement géographique ? ou un rétrécissement ?
- 3)Quelles questions théoriques, philosophiques, politiques se pose cette direction ? comment y répond-elle ? est-elle en adéquation avec la situation internationale ? en adéquation avec la tradition de la LP ?
- 4) Constate –t-on l’existence de sections fortes et relations avec cette Internationale ? quelle est la place des congrès et celles des comités d’honneur ?

1) La direction internationale existe et fonctionne. Le trio de tête (H. Pardon secrétaire, Charles Bradlaugh-Bonner, président, L. Courtois, trésorier) est en correspondance très régulière et a très souvent une identité de points de vue assez remarquable sur les questions essentielles.

Mais les Congrès mondiaux, voire les Conseils généraux sont souvent amputés de tels représentants ou de telles organisations. Ces absences ou ces manques sont souvent, comme cela est normal, le fait d’associations éloignées ou faibles (les réunions se tenant en Europe occidentale) mais aussi le fait d’associations qui semblent dédaigner ce type de réunions. C’est la NSS qui fait le lien entre l’Union mondiale et le monde anglophone.

Les moyens humains manquent comme les moyens financiers (les retards de cotisation sont fréquents) et les moyens matériels (régulièrement, les responsables se retrouvent sans papier à en-tête de l’Union, par exemple).

L’Union mondiale se qualifie de « en plein développement » (1954) avec 30 000 adhérents et les 3 pays phares (NSS de Grande Bretagne, FNLP de France, organisations des USA) comptent à elles trois plus de la moitié des adhérents .

Cette direction est ancienne (Courtois est trésorier depuis 1940 et prévoit de s’arréter en 1970, C. Bradlaugh-Bonner est au Conseil depuis 1936, Pardon est dirigeante depuis les années 20 et secrétaire depuis 1936). Sur un autre plan, Lorulot est membre de la direction de l’Union depuis 1936. Le renouvellement est limité : beaucoup décèdent dans les années 1950 et 1960. Mais les sections d’Europe de l’Est ont disparu (et il semble que les représentants de l’ancienne Internationale des Sans-Dieu ne soient plus présents). Cotereau est connu dans les années 30, Labrégère intervient au Congrès mondial de 1954, F.A. Ridley (responsable de la NSS) est déjà connu.

2) Il n’y a pas de plan visible d’un développement géographique concerté. Ainsi, la décolonisation, notamment en Afrique, n’est pas perçue comme une possibilité de nouvelles sections. Il existe une exception : l’Inde mais celle-ci apparaissait dans les Congrès mondiaux dès 1904 (au moins).

Cependant, la Direction ne se satisfait pas d’un éventuel rétrécissement, surtout dans le contexte de la guerre froide et cherche à le combattre, ce qui est plus que méritoire. Elle s’essaye de s’informer, de prendre contact avec les libre-penseurs, athées, rationalistes d’Allemagne de l’Est, de Tchécoslovaquie , de Pologne , de Yougoslavie ; voire de Finlande ; elle enregistre les contacts qui existent en Afrique .

Cette attitude n’est nullement accompagnée d’un abandon de principes. Bien au contraire.

L’Union après discussions sur la tactique et l’opportunité prend position contre la dissolution du Parti Communiste en Allemagne, « contre toutes les atteintes à la liberté de pensée » .

Elle chasse de ses rangs un groupe américain raciste (« la Ligue Libérale ») .

3) On enregistre des textes d’importance majeure dans la meilleure tradition de la Libre Pensée internationale.

Les rapports de F. Ridley sur la Contre-réforme catholique, de R. Labrégère sur la science et les religions (1954), de L. Rousseau sur la « crise et l’avenir de la laïcité » (1963 ?) mettant en garde contre le cléricalisme de gauche, l’analyse d’encycliques et du concile Vatican II (« l’effort d’adaptation de l’Eglise romaine à la société moderne n’a pas d’autre but … que la reprise en mains des masses qui lui échappent » ) sont en tous points remarquables. L’Union mondiale est lucide sur les dangers.

L’abrogation des concordats allemand et italien, reliquat des dictatures nazie et fasciste, est exigée.

La production intellectuelle est tout sauf négligeable (d’ailleurs, l’IRELP comme l’Idée Libre reproduiront prochainement certains de ces textes).

4) Quelles sont, à cette époque, les sections significatives ?

Incontestablement, la NSS joue un rôle important dans l’Union mondiale ; de leur côté, Pardon comme Courtois sont épouvantés par le « pacte scolaire » entre le POB (Parti Ouvrier Belge) et les partis chrétiens qui, à terme, va entraîner la disparition de l’anticléricalisme en Belgique ; Pardon ne cesse de critiquer ceux qu’elle appelle « les transformateurs, les chevaux de Troie » (comme les groupes hollandais et allemands) ; la Libre-Pensée française est tenue à bout de bras par Lorulot (Cotereau et Labrégère l’appuyant), le même Lorulot cherchant à trouver des fonds pour l’Union mondiale ; les organisations américaines sont, à la fois, dispersées et éloignées.

Si la production intellectuelle est remarquable, la présence de personnalités aux Comités de Congrès ne l’est pas moins (Bertrand Russell, Linus Pauling, Charlie Chaplin, entre autres nombreux exemples).

En 1966, une période se clôt : Bradlaugh-Bonner décède pendant le Congrès mondial à Londres (2 septembre), ce qui porte un coup sévère tant à la NSS dont c’était le centenaire qu’à l’Union mondiale, Pardon démissionne pour des raisons de santé, Lorulot est décédé en 1963 ; le texte de 1966 mettant sur le même plan « croyants et non croyants » annonce la politique de dialogue –Cotereau le déplore - et prépare celui de 1968 : c’est bien la politique de Vatican II qui est en cause et sur laquelle l’Union mondiale abdique à partir de 1966. Peu après, en avril 1970, la NSS se désaffilie de l’Union Mondiale parce qu’elle ne joue plus son rôle ; A. Caubel, secrétaire depuis 1966, démissionne à la fois de son poste et de la Fédération française, en novembre 1969, pour des raisons assez obscures, il est vrai.

Lors du Congrès mondial de 2005, nous avons donné quelques éléments sur la dérive de l’Union Mondiale, exprimée pour la première fois nettement en 1968 et qui ne cessa de s’aggraver (annexe 2). Cet acte d’accusation majeur ne signifie nullement qu’il faille se passer d’une Internationale, tout au contraire.

Pour conclure, nous avons de 1947-1952 à 1966-1968, dans une situation extrêmement difficile (Guerre froide, décolonisation), avec une politique des partis politiques laïques qui se tournent ouvertement vers le cléricalisme (ce que mesure et critique l’Union mondiale), une Union mondiale aux moyens financiers et humains limités, mais qui veut fonctionner comme une Union mondiale, en se posant sans cesse la question de son élargissement géographique et politique, en cherchant à répondre aux questions contemporaines (ONU, menaces de guerre nucléaire, Vatican II, Europe de l’Est, par exemple).

Elle fonctionne malgré tout et assure la continuité. Sa production est de haut niveau.

Malgré ses faiblesses (et avec ses faiblesses), l’Union mondiale, à cette époque, a prouvé la nécessité et la viabilité d’une Internationale Libre-Penseuse.

C’est cette tâche qu’il faut reprendre, à un niveau supérieur, dans un contexte international nouveau.


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