La motion sur le crucifix du Salon bleu est un gâchis aux conséquences néfastes

Daniel Baril, Conseiller au MLQ
Texte paru dans Le Devoir du 28 mai 2008
vendredi 20 juin 2008
par cilalp_france
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Au Québec, nous aimons croire que nous faisons les choses différemment d’ailleurs. Nous ne pratiquons pas le multiculturalisme, mais l’interculturalisme ; nous sommes pour la laïcité, mais pas n’importe laquelle : nous avons choisi, paraît-il, la « laïcité ouverte ». Le rapport Bouchard-Taylor est construit autour de ces deux notions fumeuses qui s’avèrent être dans la pratique autant de négations du véritable contrat social auquel s’attendaient les Québécois.

Prenons le cas de la « laïcité ouverte ». Il s’agit d’un concept antirépublicain créé par des idéologues de diverses disciplines tous préoccupés de limiter au maximum les contraintes qu’un État démocratique est en droit d’imposer aux religions. Ce concept permet de dire que la laïcité est le bon choix à faire tout en autorisant toutes les atteintes possibles au concept vidé de son sens. Ce qui en résulte est si édulcoré que les intégristes religieux de toutes obédiences se disent tout à coup d’accord avec la laïcité. La « laïcité ouverte », c’est la laïcité du maire de Saguenay.

Présents sur toutes les tribunes, les concepteurs ont créé un réseau quasi incestueux où domine la pensée unique et sont parvenus à faire passer la vision républicaine de la laïcité comme une forme de radicalisme, voire d’intolérance et d’intégrisme. Si nous appliquions cette façon de penser au principe de l’égalité entre hommes et femmes, voici le genre d’affirmation que nous obtiendrions : « nous sommes d’accord avec l’égalité des sexes, mais ceci doit être appliqué au cas par cas ; ceux qui veulent l’appliquer de façon rigoureuse sont des intégristes de l’égalité ».

C’est la désolante attitude qu’adoptent les défenseurs de la « laïcité ouverte » et qui conduit au statu quo en matière de laïcité. Si les Québécois avaient été d’accord avec le statu quo sur cette question, ils n’auraient pas massivement réclamé la laïcité de l’État lors de la commission Bouchard-Taylor.

Mais la « laïcité ouverte » est un concept tellement flou qu’il ne peut être incorporé à un texte de loi. Bouchard et Taylor l’ont compris et c’est pourquoi ils ont écarté l’idée d’une charte de la laïcité ou encore l’ajout d’une déclaration de laïcité dans la Charte des droits et libertés. Un texte de loi ne pourrait en effet qu’affirmer la « laïcité tout court ». Constatant qu’il y avait déjà une culture de la « laïcité ouverte », les deux coprésidents ont continué de procéder au cas par cas, ce qui les a conduits au pied du crucifix de l’Assemblée nationale où les attendait une motion de non-recevoir. Ceci n’est pas un crucifix

On peut aussi considérer cette motion – qui identifie le crucifix du Salon bleu comme un symbole de notre patrimoine historique – comme étant elle aussi une expression de la « laïcité ouverte », ou du moins une illustration de son caractère indéfini et malléable à volonté. Tout de suite après l’adoption de la motion, le premier ministre Jean Charest est allé en conférence de presse pour défendre le principe de la laïcité de l’État comme s’il ne s’était rien passé. Quant à la chef du Parti Québécois, Pauline Marois, elle déclarait moins de 24 heures après avoir voté pour cette motion : « il faut établir clairement […] la laïcité de nos institutions publiques ». Dans leur esprit, il ne fait pas de doute que le geste qu’ils venaient de poser est compatible avec la « laïcité ouverte ».

Rappelons que l’introduction du crucifix au Salon bleu fut l’un des premiers gestes posés par Duplessis après son élection en 1936. Il voulait ainsi marquer l’alliance entre l’Église catholique et le gouvernement du Québec et a procédé sans aucune consultation du public ni même de ses députés. Le crucifix de l’Assemblée nationale est donc un symbole de la grande noirceur duplessiste. Si les députés qui ont choisi cet objet comme symbole de notre histoire ne voient pas de contradiction entre leur geste et la « laïcité ouverte », ont peut donc penser que même Duplessis aurait été d’accord avec cette notion.

Si le mot laïcité signifie quelque chose, c’est, au premier chef, la séparation de l’État et du religieux. Un État où les élus délibèrent sous un crucifix et l’adopte comme symbole peut difficilement se targuer d’être laïque.

Les politiciens ont l’habitude de ne pas s’étouffer avec les contradictions. Cet opportunisme politique primaire qui instrumentalise la religion à des fins électoralistes n’a d’égal que le ridicule dont se sont couverts les députés. Ce faisant, ils ont anéanti tout espoir d’affirmation du principe. Que pourrait-on attendre, par la suite, d’un livre blanc sur la laïcité présenté par un tel gouvernement ?

Alors que le rapport Bouchard-Taylor invite à déjudiciariser la pratique des accommodements, la motion de l’Assemblée nationale qui a pour effet de river le crucifix au mur conduira à judiciariser les plaintes actuelles contre les prières et les symboles religieux dans les assemblées municipales. Si les élus avaient fait preuve de leadership et de discernement, s’ils avaient accepté de faire un pas de plus dans la modernité plutôt que de se raccrocher à Duplessis, plusieurs conflits latents auraient pu être résolus sans le recours aux tribunaux. Un beau gâchis dont les conséquences s’avèrent déjà néfastes.



Brèves

Italie : pas de crucifix dans les écoles

jeudi 5 novembre 2009

Nos amis de la Fédération Italienne de Libre Pensée « Giordano Bruno » nous font parvenir cette importante nouvelle :

Corte Europea : Niente crocifissi a scuola

Il crocifisso nelle aule scolastiche viola la libertà di coscienza degli alunni e fa dello Stato il propagatore di una fede. Il che è incompatibile con i valori della democrazia laica.

E’ quanto ha stabilito la Corte di Strasburgo, che ha dato ragione alla signora Soile Lautsi, cittadina italiana originaria della Finlandia, che nel 2002 aveva chiesto all’istituto statale "Vittorino da Feltre" di Abano Terme (Padova), frequentato dai suoi due figli (Dataico e Sami Albertin), di togliere i crocefissi dalle aule. Non avendo trovato soddisfazione dai tribunali amministrativi italiani, la signora Lautsi si è rivolta alla Corte Europea, che oltre a stabilire che nelle aule scolastiche non possono esserci simboli di fede, ha anche condannato l’Italia ad risarcimento di 5000 euro per danni morali.

Cour européenne : Pas de crucifix dans les écoles

Le crucifix dans les classes viole la liberté de conscience des élèves et fait de l’Etat le propagateur de la foi. Ce qui est incompatible avec les valeurs de la démocratie et laïque.

C’est ce qu’a établi par la Cour de Strasbourg, qui a statué en faveur de Mme Soile Lautso, une citoyenne italienne originaire de Finlande, qui en 2002 avait demandé à l’institut d’Etat "Vittorino da Feltre" à Abano Terme (Padoue), fréquenté par ses deux enfants (Dataico et Sami Albertin) d’enlever les crucifix des salles de classe. Ne trouvant pas de satisfaction auprès des tribunaux administratifs italiens, Mme Lautso saisit la Cour européenne, qui en plus d’établir que, dans la salle de classe ne euvent pas être des symboles religieux, a également condamné l’Italie pour l’indemnisation de 5.000 euros pour préjudice moral.

Rappelons que la Cour européenne n’est pas une institution de l’Union européenne.

Notons que les partis de droite mais également de « gauche » en Italie ont protesté contre cette décision.

 

The Dalai Lama in Paris : For the respect of the principle of Separation of Religions and the State

jeudi 18 juin 2009

We have been informed that Mr Bertrand Delanoë, the Mayor of Paris, is going to grant the title of honorary citizen to Tenzin Gyatso, who is regarded by some as the 14th reincarnation of the Dalai Lama.

Article 2 of the 1905 Law of Separation of Religions and the State provides : “The Republic does not recognize, remunerate nor subsidize any religion “. That imposes a duty of neutrality for all the people’s representatives in the Republic towards all religions. The Dalai Lama is a religious leader. Honouring him as a guest and granting him a medal does not only mean recognizing the Buddhist religion, rather it also means rewarding this religion.

The Paris Federation of Libre Pensée Strongly denounces this violation of secularism.

Guaranteed in the 1905 Law, secularism has played a major role in safeguarding the freedom of conscience, which includes the right to believe in a religion according to one’s personal choice or to believe in none. The freedom of religion is guaranteed by the freedom of conscience, not the other way round. That is what we want to tell the Mayor of Paris on this occasion.

Moreover, the Libre Pensée rejects the alleged “democratic values” of the Dalai Lama. It reminds that the latter was trained by Heinrich Harrer, a member of the Waffen SS, who in his book “Seven years in Tibet” wrote that he was delighted to see that “the Tibetan monks’ domination is absolute. It is a typical example of clerical dictatorship”. As for us, we simply recall that the Tibetan monks have imposed a feudal system based on serfdom upon the Tibetan population.

Whether Revolution or counter-revolution ?

Counter-revolutions, dictators, Churches are widely honored in Paris. Streets and places named after Thiers, Mohammed V and John-Paul II Square, along with Theodor Herzl (the founder of Zionism) Big Business and Religion have more than their share. But when are we to honor one of the greatest figure of the French Revolution and the Republic ?

When will there be one Robespierre Street ?

Paris, June 4, 2009

 

L’idée Libre - Revue de la Libre Pensée

jeudi 30 avril 2009

Libre Pensée et liberté de conscience à travers le monde

Numéro 284 - Mars 2009

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Au sommaire de ce nouveau numéro (extraits) :

- Le congrès mondial de la Libre Pensée à Rome en 1904 (J.M. Schiappa)
- 1905 : congrès mondial de la Libre Pensée à Paris
- Des Libres Penseurs dans l’armée de l’Union pendant la Guerre de Sécession (Fred Whitehead)
- La Contre-Réforme catholique du XXe siècle (F.A. Ridley)
- La sépartion des Eglises et de l’Etat existe-t-elle en Australie et en Nouvelle-Zélande ? (Max Wallace)
- Libre pensée et humanisme en Afrique francophone (Leo Igwe)
- Confessionnalité et laïcité dans l’histoire du Québec (Henri Laberge)
- La séparation du gouvernement et de la religion en Norvège (Roar Johnsen)
- Eléments sur l’histoire de la Libre Pensée en Italie (Maria Mantello)

Pour acheter ce numéro : http://www.librepenseefrance.ouvaton.org Rubrique "librairie"

 

Cité laïque numéro 14

lundi 30 mars 2009

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Au sommaire du nouveau numéro :

- Le rapport du président (Henri Laberge) ;
- Le point sur les prières municipales (Marie-Michelle Poisson) ;
- De quel athéisme et de quelle laïcité s’agit-il ? (Henri Laberge) ;
- États-Unis : la religion civile fait obstacle à la laïcité (Paul Drouin et Claude Saint-Laurent) ;
- La grande récupération : le Vatican dénature la sélection naturelle (Daniel Baril) ;
- Les grands humanistes québécois : Félix d’Hérelle (Claude Braun) ;
- Pour la procréation assistée (Claude Braun) ;
- Pour le suicide assisté (Claude Braun) ;
- Les immigrants et la ferveur religieuse (David Rand) ;
- La « religion du Canadien » : et si c’était la religion qui empruntait au hockey ? (Daniel Baril) ;
- Rubrique livres : Les couleurs de l’humanisme, de l’AHQ (Gérald Blanchard) ; Le code pour une éthique globale, de Rodrigue Tremblay (Daniel Baril) ; Tableau des saints, du baron d’Holbach (Daniel Laprès)

La revue est accessible à l’adresse suivante : Cité laïque numéro 14 http://www.mlq.qc.ca/pdf/citelaique... [PDF de 6 Mo environ]

 

Mouvement laïque québécois

lundi 30 mars 2009

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Contestation des prières : la campagne de financement se poursuit

Vous avez répondu en grand nombre et généreusement à l’appel lancé en février dernier afin de soutenir financièrement les actions menées contre les prières dans les assemblées municipales à Saguenay et à Trois-Rivières. Le MLQ remercie sincèrement les donateurs qui ont contribué à cette campagne à ce jour et rappelle à tous qu’elle est toujours en cours. Toute contribution , aussi modeste soit-elle, est d’un grand secours pour un organisme comme le nôtre qui ne dispose d’aucune subvention publique. Une bonne façon d’apporter votre appui est d’adhérer au MLQ ou, si c’est déjà le cas, de verser un don à la mesure de vos moyens. Vous pouvez le faire de façon simple et sécuritaire au moyen du service PayPal (par la page Faire un don au MLQ http://www.mlq.qc.ca/vx/7_pub/dons/) et nous privilégions ce moyen. Vous pouvez aussi envoyer votre chèque libellé au nom du Mouvement laïque québécois (avec la précision « campagne de financement » en rubrique) par la poste à :

Mouvement laïque québécois C.P. 32132, succ. Saint-André Montréal H2L 4Y5

Étant considéré comme un groupe aux objectifs politiques, le MLQ ne peut malheureusement émettre de reçus pour exemption fiscale. Nous vous remercions de votre compréhension et de votre appui.

 
Sur le Web : site du MLQ