Déchaînement « Faith-Based »

ou quand l’aide gouvernementale aux services sociaux « basés sur la foi » devient un des enjeux majeurs de la campagne présidentielle
jeudi 4 décembre 2008
popularité : 1%

L’explosion des prix de l’énergie, l’incertitude quant à l’économie et la guerre en cours en Irak ont dominé la campagne présidentielle 2008. Mais depuis quelques jours, cet été, un sujet à controverse lié à la séparation des Eglises et de l’Etat – l’initiative « faith-based » – est en passe d’accaparer les feux des médias.

Le candidat Démocrate, le sénateur Barack Obama a mis cette initiative au cœur du débat quand il donna un discours majeur sur ce thème à Zanesville, Ohio, le 1er juillet, souhaitant réformer, renommer et étendre le bureau gouvernemental des initiatives « faith based ». Peu après, le candidat Républicain, le sénateur John McCain fut prompt à souligner que, lui aussi, il soutenait les initiatives « basées sur la foi ».

Les partisans de la séparation des Eglises et de l’Etat, s’ils furent satisfaits de voir un tel sujet placé sur le devant de la scène politique nationale, ne purent qu’être déçus par les déclarations des candidats.

Quand le président George W. Bush prit ses fonctions en janvier 2001, le premier programme national qu’il annonça fut l’initiative « faith-based » qui, selon lui, devait mobiliser les communautés religieuses d’Amérique pour combattre les fléaux sociaux que sont la drogue, les sans-abri et la pauvreté. Il mit sur pied un département de la Maison Blanche, le « Faith-Based and Community Initiatives » pour mener à bien ce programme.

Près de huit années ont passé et les critiques ont conclu que cette initiative avait été un désastre. Elle ne fut jamais formellement approuvée par le Congrès, mais Bush usa de directives pour l’impulser. L’argent a été déversé aux alliés politiques fondamentalistes du Président et le bureau a servi de tremplin pour les candidats républicains à la Chambre et au Sénat. Des études objectives ont échoué à conclure que l’approche basée sur la foi fonctionnait mieux que des programmes gouvernementaux ou privés, à caractère laïque. A cette aune, les partisans de la séparation espéraient que cette initiative serait abandonnée avec l’installation d’un nouveau président en janvier 2009. Il ne semble pas qu’il en soit ainsi. En fait, l’initiative pourrait même être étendue. L’annonce d’Obama lui attira une attention maximale, en partie parce que c’était la première déclaration majeure du candidat sur ce sujet. Le sénateur de l’Illinois, qui avait fermement courtisé les électeurs religieux, a déclaré à son auditoire de l’Ohio que le pays avait besoin de « tous les bras disponibles sur le pont » pour défier les problèmes sociaux. (1)

(…) Quelques jours plus tard, Obama revenait sur le même thème, déclarant devant une rencontre de pasteurs noirs à Saint Louis, Missouri, que les services sociaux « faith-based » seraient « le centre moral de mon administration ». La décision d’Obama de mettre en avant ce thème a obligé McCain à s’exprimer. Le jour suivant le discours d’Obama dans l’Ohio, la campagne de McCain produisit une courte déclaration insistant sur le soutien du candidat à l’approche « basée sur la foi », mais se démarquant d’Obama sur la question de l’embauche préférentielle : « John McCain soutient les initiatives faith-based, et reconnaît leur rôle important dans les communautés ». « Il a co-parrainé la législation pour stimuler le développement des partenariats avec les organisations de la communauté, incluant celles basés sur la foi (…) il considère également qu’il est important que ces groupes basées sur la foi puissent engager des gens qui partagent leurs convictions religieuses, et diverge du sénateur Obama qui considère que l’embauche devrait être soumise à un agrément gouvernemental » (…)

Tom Minnery, vice-président de Focus on the Family, a dit qu’Obama faisait fausse route. « Nous attendons de voir jusqu’où et jusqu’à quand le programme d’Obama résistera aux assauts de l’ACLU et autres gauchistes qui ont toujours rejeté ce qu’ils appellent une “discrimination” à l’embauche ». « Sans possibilité de liberté d’embauche, les programmes “faith based” échoueront. » (…) Richard Land, qui organise le lobbying à Washington D.C. pour la Southern Baptist Convention, fut prompt à en rajouter : « Si vous ne pouvez embaucher dans votre propre communauté religieuse, alors disparaît la raison première de l’existence des programmes “ faith-based” » (…)

Le 10 juillet, la Coalition Against Religious Discrimination (CARD) envoya une lettre de cinq pages aux états-majors de campagne d’Obama et McCain, soulignant plusieurs points au sujet de telles initiatives (…) : « Le financement direct des lieux de culte signifie une érosion radicale des principes mêmes du Premier Amendement, mettant en danger l’indépendance des congrégations en permettant l’ingérence directe de l’Etat dans les activités cultuelles » (...)

Le révérend Barry W. Lynn, directeur exécutif de Americans United, fut cité dans The Washington Post, The New York Times, The Christian Science Monitor, The Baltimore Sun, The Chicago Tribune et d’autres journaux encore.

De surcroît, le responsable de AU participa à l’émission télévisée « Countdown with Keith Olbermann » sur MSNBC et publia une tribune libre sur le célèbre blog Huffington Post. Titré « Avons-nous vraiment besoin des programmes basés sur la foi ? », cet article concluait à la nécessité d’en finir avec cette administration gouvernementale.

« L’Etat est supposé être neutre envers la religion, ni en faveur, ni en défaveur », pour Barry W. Lynn. « Créer un bureau spécial pour subventionner sur les fonds publics des organisations religieuses ne relève en rien de la neutralité, c’est du favoritisme. Pour respecter notre Constitution, le mieux serait de reléguer l’initiative “faith-based” à la poubelle de l’Histoire. »

Robert Boston (Extraits de « Faith based flare up » in Church & State, septembre 2008) http://www.au.org/site/PageServer

(1) Voir à ce sujet : « Le sénateur Obama et les programmes “faith based” » in l’Idée Libre, n°282, septembre 2008.

Dossier paru dans La Raison n°535 – novembre 2008


Annonces

“Secular views in bioethics” Review and Prospects

INTERNATIONAL SYMPOSIUM

Friday, September 30th 2011

Saturday, October 1st , 2011

Campus Universitat de Barcelona

Facultat de Dret de la Universitat de Barcelona

Avda. Diagonal, 684

08034-BARCELO A

Under the auspices of the Observatori de Bioetica i dret and of the Faculte de Droit, universitat de Barcelona (Prof. Maria Casado and Albert Royes)

- Registration form and support – Barcelona symposium

- Registration form and payment (at the order of Libre Pensée) send to : Libre Pensée 10/12 rue des Fossés St Jacques 75005 Paris, France

- Symposium registration + proceedings : 20 €
- Support (50 € and more)

See all the informations in English, French, Spanish, Catalan, Portugais, Neerlandais, Greek


Brèves

5 novembre 2009 - Italie : pas de crucifix dans les écoles

Nos amis de la Fédération Italienne de Libre Pensée « Giordano Bruno » nous font parvenir cette (...)

18 juin 2009 - The Dalai Lama in Paris : For the respect of the principle of Separation of Religions and the State

We have been informed that Mr Bertrand Delanoë, the Mayor of Paris, is going to grant the title (...)

30 avril 2009 - L’idée Libre - Revue de la Libre Pensée

Libre Pensée et liberté de conscience à travers le monde Numéro 284 - Mars 2009 Au sommaire de ce (...)

30 mars 2009 - Cité laïque numéro 14

Au sommaire du nouveau numéro : Le rapport du président (Henri Laberge) ; Le point sur les (...)

30 mars 2009 - Mouvement laïque québécois

Contestation des prières : la campagne de financement se poursuit Vous avez répondu en grand (...)