« No to Pope » sape les JMJ de Ratzinger

Lettre d’Australie
vendredi 5 décembre 2008
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La semaine des Journées Mondiales de la Jeunesse catholique, « World Youth Day », s’est tenue à Sydney, Australie, à partir du 15 juillet 2008. Une combinaison de faits servit de révélateur sur le « barnum » catholique qui bénéficiait d’une importante couverture médiatique, incluant le parrainage du Daily Telegraph, le tabloïd du matin de l’empire de presse de Rupert Murdoch, qui n’y vit là nulle contradiction.

Défendre les libertés publiques

Premier écueil pour l’Église : l’annonce de règlementations autoritaires, édictées par un membre catholique de l’exécutif du Parlement de New South Wales (NSW) quelques jours avant l’ouverture des JMJ, alors que le Parlement était en vacances. Ces dispositions interdisaient à tout citoyen « d’importuner » les pèlerins catholiques au cours de leur séjour. Les conditions d’application signifiaient que celles-ci n’avaient pu être débattues au Parlement. Ce fut un tollé immédiat et un désastre pour les relations publiques de l’Eglise et du gouvernement.

Le coût public des JMJ

Une information, obtenue par Max Wallace, directeur de Australian National Secular Association au congrès de l’IHEU, à Washington D.C. en juin, concernant les subventions publiques aux précédentes JMJ en Allemagne et au Canada, attisa les médias. Les élus du Green Party au Parlement de Nouvelles-Galles du Sud travaillèrent le sujet, il fut établi que les gouvernements d’Australie, au plan des Etats comme à celui de Canberra, avaient remis à l’Eglise catholique quatre fois la somme versée par l’Allemagne et le Canada pour les JMJ dans leurs pays. Ceci fut publié dans un quotidien dominical.

A la radio, des commentateurs traditionnellement conservateurs consacrèrent un temps inhabituel à la critique de ces ordonnances et de l’action gouvernementale. Les appels d’auditeurs, tout comme le courrier des lecteurs du Sydney Morning Herald, étaient massivement opposés au gouvernement et à la cupidité de l’Eglise. Deux étudiants de la coalition « No To Pope », Rachel Evans et Amber Pike, poursuivirent le gouvernement de NSW devant la Cour fédérale avec l’assistance judiciaire du Civil Liberties Council. La Cour trancha : la clause de « nuisance » était une brèche anticonstitutionnelle dans le droit à la liberté d’expression des citoyens. Ce fut un succès significatif qui permit aux manifestants de faire entendre leurs opinions au sujet du Pape et de la politique vaticane.

Au même moment, une conférence se tint dans l’auditorium du parlement, à Sydney, pour débattre du déclin du christianisme, relevé dans les derniers recensements en Australie et en Nouvelle-Zélande. Le Sydney Morning Herald fit connaître cette information dans les pages consacrées aux JMJ. Trois interviews, radiodiffusées dans toute l’Australie, firent le point sur l’échec des JMJ à enrayer le déclin de l’Eglise dans la jeunesse.

Après l’arrivée du Pape, « No To Pope » envoya plus de 300 lettres dans les écoles catholiques de Sydney où les « pèlerins » résidaient, leur souhaitant la bienvenue en Australie. La lettre contenait quatre préservatifs, les alertait sur le caractère erroné de la politique papale en matière de contraception et les enjoignait aux rapports sexuels protégés durant leur séjour.

La crise des prêtres pédophiles n’est pas réglée

Le retour de Grande-Bretagne de la famille Foster, venue pour affronter l’Eglise à l’occasion des JMJ, fut le problème suivant. Les deux filles Foster ont été violées par un prêtre catholique à Melbourne, il y a quelques années, alors qu’elles étaient à l’école primaire, âgées de 5 et 6 ans à cette époque.

L’Eglise avait offert aux Foster la somme de $ 50 000 en compensation, ce que la famille rejeta, indiquant qu’elle entendait entamer une action en justice pour dommages. L’Eglise combattit cette demande devant les tribunaux pendant huit ans, réfutant une responsabilité, autrefois reconnue. Résultat tragique des viols et de l’interminable processus judiciaire : une des filles sombra dans la drogue et se suicida. L’autre, alcoolique, fut impliquée dans un grave accident de voiture dont elle resta paralysée et dépendante. Les Foster furent accueillis à l’aéroport de Sydney par l’association de défense des victimes, Broken Rites, venue de Melbourne. L’affaire reçut en Australie un écho national, voire international, et, pour un temps, les JMJ furent supplantées de la « une » du Sydney Morning Herald par l’épouvantable affaire Foster et leur plaidoyer pour une audience privée avec le Pape.

Le dernier dimanche, après une campagne active, une manifestation eut lieu et environ 1 500 personnes écoutèrent les discours de Broken Rites, de victimes et de militants de « No To Pope » avant de défiler pour aller à la rencontre des « pèlerins » en route vers la messe papale de clôture des JMJ. Cette journée fut un succès et une seule arrestation – concernant un pèlerin australien – eut lieu ce qui rendit encore plus ridicules les ordonnances gouvernementales.

Dans le but d’apaiser les critiques sur la réponse de l’Eglise aux abus sexuels contre des enfants, le Pape versa des « larmes de crocodile » dans une déclaration condamnant les sévices. Puis, l’Eglise mit sur pied une réunion privée, avec des victimes triées sur le volet, dans le vain but d’enrayer toute mauvaise presse. Bien évidemment, le Pape refusa de rencontrer les Foster. La réunion « officielle » des victimes fut une imposture. Ce qui eut pour effet de confirmer l’engagement, la coopération et l’action de tous ceux réunis par la visite papale. D’autres actions sont prévues.

Un mot pour conclure : nous n’avions jamais eu l’occasion de connaître en Australie un rassemblement de plus de 200 000 personnes dans une ville – pour la plupart des jeunes – réunies pour un événement religieux. Leurs visages respiraient naïveté et crédulité, amicaux et innocents, tel un écho de l’Allemagne des années 30. Ce furent vraiment les journées Ratzinger de la jeunesse.

Max Wallace

Article paru dans La Raison n°534, septembre-octobre 2008


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