Bataille autour du crucifix

jeudi 18 décembre 2008
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La presse française, tout entière obnubilée par les palinodies des « principaux candidats » à l’élection présidentielle, n’aura finalement retenu de la vie politique canadienne et québécoise récente qu’un « faux pas » et un « canular ».

Le Devoir du 19 janvier 2007 : « Le débat sur les “accommodements raisonnables” et sur la place du religieux dans l’espace public a encore gagné en intensité hier dans l’atmosphère préélectorale qui a saisi la classe politique. D’une part, le chef péquiste André Boisclair, dans une défense de la “laïcité québécoise”, a affirmé que le crucifix n’a plus sa place à l’Assemblée nationale. D’autre part, le Premier ministre Jean Charest – tout comme M. Boisclair – a accusé l’homme par qui l’affaire a éclaté, le chef adéquiste Mario Dumont, de “démagogie” ».

Le dirigeant du PQ, André Boisclair, estime que la société québécoise réserve une place spéciale aux signes religieux chrétiens : « Ce que je remarque, c’est que nous nous accommodons bien entre nous. Jamais je n’ai vu des gens remettre en cause le fait qu’il y avait un crucifix en haut de la tête du président de l’Assemblée nationale, même s’il y a des juifs et une députée d’origine musulmane dans notre Assemblée nationale. » Œuvre du sculpteur Romuald Dion, la croix en bois d’acajou témoigne des travaux des parlementaires depuis 1936. Pour André Boisclair, ce signe « n’a pas sa place là » précisant que c’était là « une conviction personnelle ». Il a toutefois souligné que cette conviction rejoignait celle de l’ancien Premier ministre du Québec, René Lévesque qui, le premier, avait autorisé ses ministres qui le souhaitaient à prêter serment sur leur honneur et non sur la Bible. « Moi, je prête serment sur mon honneur », a-t-il précisé, ajoutant que ses convictions religieuses à lui, étaient « d’ordre privé ». JPEG - 44.2 ko Pour le député ADQ Mario Dumont : « C’est un débat qui a été fait. On a aboli la prière, ce qui allait de soi, mais le crucifix, c’est une question de tradition ». (1)

En 1976, la prière à l’Assemblée nationale du Québec a cédé le pas à un « moment de recueillement ». « Ce n’est pas un objet de culte, c’est un symbole, un objet commémoratif, qui rappelle des traditions. On ne peut pas faire abstraction de la tradition catholique », a commenté Lise Grondin, chef de cabinet du président de l’Assemblée.

Mais dans une société où se côtoient des gens de diverses appartenances culturelles, « les symboles religieux n’ont pas leur place dans l’espace public », a rétorqué le dirigeant souverainiste. Selon l’Actualité du 19 janvier : à Laval, le ministre libéral Couillard s’est d’abord prononcé en faveur de « la laïcité complète » dans les institutions publiques. Néanmoins, il s’oppose au retrait du crucifix, qu’il considère comme l’illustration d’une histoire commune.

« Le débat sur l’accommodement raisonnable commence par l’affirmation de notre identité et de nos valeurs comme Québécois », a-t-il dit. Cette identité comprend « une langue commune qui est le français » et une tradition historique « fortement liée à la religion catholique et au christianisme », a poursuivi le ministre.

Le député Sam Hamad a surenchéri : « Moi je veux qu’il reste (le crucifix). (...) Lorsqu’on vient d’une autre société, qui n’est pas la nôtre, on a un devoir, une responsabilité de s’intégrer dans la société. Cela ne veut pas dire qu’il faut laisser tomber nos valeurs, cela veut dire qu’il faut respecter les valeurs des autres tout en se respectant en même temps ». Pour le député Boisclair : « Les symboles religieux n’ont pas leur place dans l’espace public ». Il confie avoir été déçu lorsque les juifs hassidims ont été autorisés à installer un érouv – un fil servant à délimiter un espace de déplacements permis les jours de sabbat – à Outremont, une banlieue résidentielle de Montréal. (2)

Le drapeau officiel du Québec

Luciano Dorotea, « ancien représentant du Québec à Rome », dans Le Québécois du 26 janvier 2007, souligne la nécessité de « reconnaître le courage politique de la députée de La Pinière, Mme Fatima Houda-Pepin (musulmane d’origine marocaine) et du député de Louis-Hébert, M. Sam Hamad (d’origine syrienne), qui se sont publiquement portés à la défense de l’intégralité de l’héritage identitaire de la majorité des Québécois, incluant la dimension religieuse catholique ». La députée Houda-Pepin étant à l’initiative de la motion parlementaire contre « la création de tribunaux islamiques » au Canada, présentée le 25 mai 2005, et adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale à Québec. (3) M. Dorotea rappelle avec force la composition héraldique du drapeau officiel du Québec, adopté en 1948 par le gouvernement de Maurice Duplessis (4) : « Il comporte trois éléments. La croix blanche qui y apparaît est un symbole religieux qui rappelle l’attachement du peuple québécois à la religion et à la foi de ses ancêtres. C’est donc avec toute sa signification originelle que le drapeau québécois demeure toujours, en 2007, l’emblème national des Québécois, et de tous les Québécois. »

Citoyens ou communautés culturelles ?

En plein débat pré-électoral au Québec, M.Boisclair polémique avec les tenants d’une ligne dure contre l’immigration comme M. Dumont. Il estime que la quasi-totalité des arrangements faits avec les minorités sont tout à fait acceptables. « Quand on accorde quelque chose à un groupe ou à un individu, on n’est pas dans un jeu à somme nulle. L’accorder ne m’enlève rien. S’arranger, dans un hôpital, pour respecter les règles juives après un décès, qu’est-ce que ça m’enlève à moi ? Rien. Lorsqu’on a accordé le droit de vote aux femmes, on ne l’a pas enlevé aux hommes ! On a transformé notre société et on a appris à partager le pouvoir et à mieux vivre ensemble. Et c’est ça, le défi du Québec d’aujourd’hui. »

Le Devoir ajoutant : « Par ailleurs, pour M. Boisclair, dans le contexte actuel, il faut valoriser la notion de citoyen. Il rappelle que lorsqu’il était au gouvernement, le ministère responsable de l’immigration avait pour nom « Relations avec les citoyens ». Il déplore que, pour des raisons qui tiennent au « clientélisme », les libéraux, à leur retour au pouvoir, se soient « empressés de rebaptiser le ministère des "communautés culturelles", une vision de la société québécoise à [son] avis passéiste, comme si, d’un côté, il y avait des Québécois et, de l’autre, des communautés culturelles ». Cela, a-t-il déploré, « contribue bien davantage à élever des barrières entre les gens qu’à les faire disparaître ».

(Revue de presse établie par Philippe Besson)

(1) En 1976, en dépit de l’opposition farouche du député créditiste de Rouyn-Noranda, Camille Samson, par 37 voix contre 31, la prière à l’Assemblée nationale du Québec a cédé le pas à un « moment de recueillement ». (2) cf. Daniel Baril « Victoire des intégristes, Outremont officiellement territoire Hassidim » in Laicité, vol.21, n°2, été 2001. (3) Sur la bataille pour l’interdiction de tribunaux religieux au Canada, cf. La Raison n° 500, 504, 505 et 510. (4) Voir « Le Québec de Duplessis, un régime corporatiste et clérical (1936-1959) » in l’Idée Libre n°273, juin 2006.

Article paru dans La Raison n°519, mars 2007


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