Le Mouvement Laïque Québecois combat pour la séparation de la religion et du gouvernement

Articles publiés dans "La Raison" n°543 - juillet/août 2009
mardi 7 juillet 2009
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Le Mouvement laïque québécois (MLQ) a réclamé auprès du gouvernement provincial de M. Jean Charest le dépôt d’un livre blanc ou l’ouverture d’une commission parlementaire devant conduire à l’adoption d’une Charte de la laïcité pour le Québec. Cette intervention fait suite aux déclarations de la ministre de la Condition féminine, Christine Saint-Pierre, qui a récemment renié l’avis du Conseil du statut de la femme (CSF) concernant le port de signes religieux dans la fonction publique : alors que le CSF recommandait de ne pas autoriser ces symboles, la ministre a choisi la voie contraire. Le MLQ désapprouve la position de la Fédération des femmes du Québec. À son congrès du 9 mai dernier, la FFQ a adopté une résolution affirmant qu’elle ne s’opposait pas au port de symboles religieux de la part des employé-e-s des services publics. La Raison, mensuel de la Libre Pensée, porte à la connaissance de l’opinion laïque et républicaine les éléments de ce dossier crucial, de nouveaux jalons dans longue marche des Québécois contre l’ingérence des religions dans la sphère publique.

La Fédération des Femmes du Québec fait fausse route

Le Mouvement Laïque québécois (MLQ) réprouve la position de la Fédération des Femmes du Québec (FFQ) qui s’est prononcée contre l’interdiction du port de signes religieux au sein de la fonction et des services publics québécois. La formule choisie par la FFQ ne clarifie rien. L’expression « s’opposer à l’interdiction » est en soi ambiguë. Cela peut signifier que la FFQ est en faveur du port des signes religieux au sein de la fonction publique et pourrait éventuellement faire la promotion de cette pratique. Cela peut aussi signifier que la FFQ est satisfaite de la situation actuelle et comme aucune règle précise (lois, normes du travail ou charte de la laïcité) n’est encore établie au Québec, il n’y aurait donc nul besoin de légiférer pour clarifier la situation. La position de la FFQ embrouille d’autant plus qu’elle reprend à son compte les pires lieux communs, qui, depuis la publication du mémoire de la Commission Bouchard-Taylor, encombrent le débat public sur la laïcité des institutions publiques. Plus déplorable encore, la FFQ justifie sa position en ayant recours au concept fumeux de « laïcité ouverte ». Comment la FFQ peut-elle, à son tour, faire référence à un soi-disant « modèle québécois de laïcité ouverte » si la laïcité n’a encore aucun statut officiel au Québec ? À quelle disposition légale ou charte la FFQ fait-elle référence ? L’emploi de cette expression a été dénoncé par les plus grands experts de la laïcité. Citons seulement, pour l’exemple, Henri Pena-Ruiz ou Catherine Kintzler, qui ont pourtant bien démontré que cette expression n’est qu’un stratagème rhétorique mis au point par des militants pro-religieux dans le but de discréditer toute mise en œuvre effective et conséquente de la laïcité qui ne consentirait plus de privilèges ou de passe-droits aux religieux et qui serait alors qualifiée de « fermée ». La position de la FFQ doit cependant être dénoncée sévèrement parce qu’elle reproduit l’un des préjugés des plus nuisibles à l’intégration des communautés culturelles. Le Mouvement Laïque Québécois a toujours affirmé que le débat sur la laïcité des institutions civiles ne doit pas être lié aux phénomènes d’immigration ou de diversité ethno-culturelle. La Commission Bouchard-Taylor, loin d’écarter le préjugé tenace voulant que les immigrants soient nécessairement plus religieux et plus en demande d’accommodements de nature religieuse que l’ensemble des québécois, a au contraire irrémédiablement lié la problématique des accommodements religieux aux immigrants et de surcroît aux immigrants arabes. Or une étude de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (Paul Eid, La Ferveur religieuse et les demandes d’accommodements religieux : une comparaison intergroupe) dément radicalement ce préjugé voulant que les immigrants récents fassent preuve d’une plus grande ferveur religieuse que les québécois. On apprend dans cette étude que les immigrants d’origine maghrébine sont ceux dont le taux de ferveur religieuse est le plus similaire à la moyenne québécoise. De plus, la Commission Bouchard-Taylor a, dans la conclusion de son rapport, écarté la nécessité d’encadrer de manière rigoureuse les devoirs et obligations respectives des employés et des employeurs concernant les demandes d’accommodements religieux. Pourtant, une clarification des normes du travail aurait su rassurer les employeurs et les gestionnaires aux prises avec des demandes abusives ou répétées. Les commissaires ont au contraire envoyé un message inquiétant ; selon un soi-disant « modèle québécois de laïcité ouverte », un employeur devra désormais s’attendre à honorer les demandes d’accommodements religieux au nom de la tolérance envers les immigrants et de l’ouverture à la diversité culturelle. Il est alors légitime de supposer que, dans ce contexte, un employeur évite d’embaucher des personnes dont il pourrait soupçonner (à tort) qu’elles puissent multiplier les demandes d’accommodements religieux, et comme ce sont les maghrébins qui ont (faussement) la réputation d’être de fervents religieux, ce sont eux qui par « prudence » seront plus souvent qu’à leur tour écartés lors de l’embauche. Nous sommes convaincus que les commissaires, croyant donner des leçons de tolérance à tout le monde en prenant fait et cause en faveur des accommodements religieux sur demande et pensant naïvement travailler à l’intégration des immigrants, n’ont fait qu’aggraver les inquiétudes présentes dans le monde du travail et ont objectivement nui à l’intégration de ceux qu’ils prétendaient aider. La FFQ, par la position adoptée cette fin de semaine, reproduit en tout point les prémisses erronées mises de l’avant par les commissaires. Tant que l’embauche d’un immigrant sera associée faussement dans l’esprit de tout un chacun à un risque accru d’obligation d’accommodement religieux, nous ne pourrons que craindre des reculs dans le taux d’emplois des immigrants et par conséquent déplorer la persistance de nombreux cas de discrimination. En adoptant sa position contre l’interdiction du port de signes religieux au sein de la fonction et des services publics québécois la FFQ souhaitait favoriser l’intégration des immigrantes dans la fonction publique alors qu’en réalité, elle ne fait qu’entretenir la confusion générale au sujet du principe de laïcité, conforte dans la population les préjugés les plus tenaces envers les immigrants et aggrave ainsi les discriminations qui en découlent dans l’ensemble de la société. Le MLQ pense plutôt que l’intégration des immigrants et des immigrantes passe par l’instauration d’une véritable laïcité des institutions publiques et réaffirme l’importance d’un contrat social faisant état des droits et des obligations de tous les citoyens envers les institutions communes.

Au nom du Conseil national du MLQ, Marie-Michelle Poisson, Présidente

(Bulletin Laïcité n°46, 14 mai 2009)


Lettre ouverte à Jean Charest, Premier ministre (20 mai 2009)

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Monsieur le Premier ministre,

Le Mouvement laïque québécois réclame de façon urgente la tenue d’une Commission parlementaire ou la publication d’un livre blanc sur la place de la religion dans l’espace public au Québec et l’adoption d’une charte de la laïcité afin que soit concrétisé par un dispositif législatif clair et cohérent le principe de neutralité de l’État. Étant donné qu’il n’existe actuellement aucune déclaration ou reconnaissance formelle de la laïcité de l’État, tant au Québec qu’au Canada, nous craignons que l’inaction sur l’ensemble des questions relatives à la laïcité ne contribue à détériorer le climat social et politique du Québec. Lors du dépôt du rapport de la Commission Bouchard-Taylor, votre gouvernement a choisi de rejeter la recommandation visant le retrait du crucifix de l’Assemblée nationale. Pourtant, ce geste symbolique puissant aurait exprimé une volonté d’engagement ferme et résolu en faveur du principe de neutralité de l’État et aurait eu force d’exemple pour l’ensemble de la société. Plus récemment, votre gouvernement a renié l’avis du Conseil du statut de la femme qui a clairement recommandé l’interdiction du port de signes religieux au sein de la fonction publique. Vous avez préféré rallier, par la voix de la ministre de la Condition féminine Christine Saint-Pierre, la position ambiguë et contradictoire de la Fédération des femmes du Québec. La question de la neutralité de l’État ne se limite pas uniquement à un dossier de condition féminine ; le port de signes religieux rejoint l’ensemble de la population québécoise, hommes et femmes, toutes origines et appartenances identitaires confondues et que toutes les religions sont visées également. Le débat de fond sur la laïcité que nous souhaitons est beaucoup plus large que la seule question des signes vestimentaires car il concerne tout autant le bon fonctionnement de nos institutions démocratiques et de notre système d’éducation. Au niveau municipal, votre gouvernement néglige de donner force de loi à un jugement du Tribunal des droits de la personne ayant statué que la récitation de prières lors de séances de conseils municipaux est contraire à la Charte des droits et libertés. Ce jugement a reconnu la laïcité des municipalités en tant qu’institutions publiques. Certains maires récalcitrants persistent dans leur pratique discriminatoire et se retrouvent encore devant les tribunaux aux frais de l’ensemble des contribuables. En matière d’éducation, votre gouvernement a décidé de maintenir à grands frais des contenus de nature religieuse et des services complémentaires d’animation spirituelle dans les écoles, et ce malgré les réserves émises par divers comités ministériels d’approbation des programmes ainsi que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Cette persistance indue du religieux dans nos écoles pourtant supposées laïques suscite de nombreux litiges dont certains se retrouvent présentement devant les tribunaux. L’ensemble de ces problèmes qui ont pour origine commune la présence indue du religieux dans certaines institutions étatiques demeure toujours non résolu. Nous considérons donc que la saine gestion du bien commun et le maintien de la paix sociale passent par l’instauration d’une véritable laïcité des institutions publiques.

Pour assurer un tel contrat social, nous croyons que le Québec doit adopter une Charte de la laïcité reposant sur les principes fondamentaux suivants :

• La liberté de manifestation publique de ses opinions et croyances doit être assortie de limites propres au respect du pluralisme religieux, à la protection des droits et libertés d’autrui, aux impératifs de l’ordre public et au maintien de la paix civile.

• Tout agent public et tout collaborateur du service public a un devoir de stricte neutralité (et d’apparence de neutralité) religieuse et politique (au sens partisan de ce mot).

• Il est interdit aux tribunaux de tenir compte des croyances et convictions intimes des personnes pour moduler un jugement ou une sentence relatif à leurs actes ou encore pour leur accorder ou leur retirer quelque droit ou avantage.

• Ni le législateur, ni les agents de l’Administration, ni les tribunaux n’ont la moindre compétence pour se prononcer sur la validité des croyances à un monde surnaturel.

• L’État ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne (directement ou indirectement) aucun culte.

Par la requête formelle que nous vous adressons aujourd’hui, nous réaffirmons l’importance de redéfinir un contrat social faisant état des droits et des obligations de tous les citoyens envers les institutions communes. Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de nos meilleurs sentiments.

Marie-Michelle Poisson, Présidente, MLQ


Le MLQ réclame une charte de la laïcité

La requête du MLQ a été rendue publique le jeudi 21 mai 2009 lors d’une conférence de presse tenue conjointement avec un collectif de citoyens et de citoyennes en faveur de la laïcité. Radio-Canada, première chaîne avec une interview de Marie-Michelle Poisson, La Presse, La Presse Canadienne, Le Devoir (sur Vigile.net), L’Aut’Journal, Rue Frontenac (journal web des journalistes en lockout du Journal de Montréal) ont donné une large place à cette conférence de presse du 21 mai 2009. The Gazette, le quotidien anglophone montréalais, Radio Canada International (RCI) et Radio 630 CHED, Edmonton, Alberta ont repris, en langue anglaise, les éléments de cette campagne, présentés par David Rand, membre du conseil du MLQ.

(Bulletin Laïcité n°47, 23 mai 2009)


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