Le Président Obama, les experts et les « programmes basés sur la foi »

La Raison n°541
lundi 17 août 2009
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Le 5 février dernier, le président élu et nouvellement investi (1) , Barack Obama, présentait son Conseil d’experts « pour le partenariat de proximité et les programmes basés sur la foi » (Faith Based Neighbourhood Partnership Advisory Council).

(1)cf. Georges Douspis : « Investiture » in La Raison, n°540, avril 2009

Depuis son discours du 1er juillet 2008 à Zanesville, Ohio – discours programme sur cette question décisive des rapports entre politique et religion, entre Eglises et Etat [1] – le président des Etats-Unis n’aura finalement que fort peu infléchi l’axe des mesures visant à pérenniser et étendre ces « initiatives basées sur la foi », lancées en 2001, au début du premier mandat de George W. Bush. Il permet à des associations religieuses caritatives de gérer des fonds publics destinés à l’action sociale contre la pauvreté.

Retour au discours de Zanesville

Le sénateur Obama déclarait : « Maintenant, j’en connais certains qui se hérissent à l’idée même que la foi ait une place dans la sphère publique. Mais, en fait, les dirigeants des deux partis ont reconnu la valeur du partenariat entre la Maison Blanche et les groupes “faith-based”. Le Président Clinton a signé une loi qui ouvrait la porte aux groupes “basés sur la foi” pour jouer un rôle dans un certain nombre de zones sensibles, incluant l’aide au reclassement et la recherche d’emplois. Al Gore a proposé également un partenariat entre Washington et les groupes caritatifs confessionnels. Et le Président Bush est entré en fonction avec la promesse de rallier “les armées de la compassion” créant un “Office des initiatives communautaires basées sur la foi” ». Annonçant : « J’établirais, si je suis élu, un nouveau Conseil, le “Council for Faith-Based and Neighbourhood Partner-ships”. Le nouveau nom reflétera un nouvel engagement. » Et précisant : « Nous allons “entraîner les entraîneurs” en donnant aux plus grandes associations basées sur la foi comme Catholic Charities et Lutheran Services et des associations bénévoles séculières comme Public/Private Ventures, le support dont ils ont besoin pour aider d’autres groupes à mettre en place d’autres programmes. Chaque lieu de culte qui veut lancer un programme et qui est prêt à respecter notre Constitution – des plus grandes congrégations et synagogues aux plus petites paroisses et mosquées de quartier – pourra avoir ainsi accès à l’information et aux soutiens nécessaires pour lancer un tel programme. »

Le nouveau Conseil des « programmes basés sur la foi »

Nous y sommes. Selon le Washington Post, daté du 6 février 2009, le président Obama « a présenté hier son bureau spécial dédié aux programmes “faith-based”, étendant l’ordre du jour bien au-delà du seul financement des programmes sociaux, pour œuvrer au renforcement de la famille et à la réduction de l’avortement ». Prenant la parole au National Prayer Breakfast, un petit déjeuner œcuménique dans les salons du Hilton à Washington, Barack Obama a confirmé les objectifs fixés à Zanesville, tout en rappelant, une nouvelle fois, qu’il n’était pas « question d’estomper la ligne que sagement les Pères Fondateurs ont tracé entre l’Eglise et l’Etat ». Le président a crée un Conseil consultatif d’experts de 25 membres, dont 15 ont été nommés ce 5 février ; parmi eux des évangélistes de premier plan :
- le Révérend Joël C. Hunter, pasteur titulaire d’une « megachurch » de Floride,
- le Révérend Frank S. Page, président honoraire de la Southern Baptist Convention,
- et aussi le rabbin David N. Saperstein, directeur du Centre d’Action religieuse du Judaïsme réformé, à Washington DC,
- ou le père Larry J. Snyder, président de Catholic Charities, Alexandria, Virginie, etc. Le bureau emploiera environ 50 personnes et sera dirigé par Joshua DuBois, 26 ans, militant Pentecôtiste qui a travaillé sur les dossiers religieux pour la campagne du candidat Obama. B. Obama laisse en place l’essentiel de la structure même de « l’initiative basée sur la foi » : les 11 bureaux répartis dans les agences gouvernementales, et le référent pour les questions religieuses aux Relations Publiques de la Maison Blanche, Paul Monteiro, sont maintenus. Les organisations caritatives « basées sur la foi » ont reçu plus de 10 milliards de $ pendant les 8 années de l’administration Bush, selon des sources relevant de la Maison Blanche. Tout en arguant que la lutte contre la pauvreté et les addictions, financée par les fonds publics, pouvait parfaitement s’accompagner de prosélytisme sur Dieu et la rédemption. [2] Certains partisans de la séparation des Eglises et de l’Etat n’ont donc pas manqué de faire connaître leur désappointement devant le maintien pur et simple de la structure créée par Bush : « Il développe la “faith-based initiative” de l’administration Bush sans mettre en place de sérieux garde-fous. Le président a constitué un bureau renforcé, avec une capacité supérieure pour distribuer les dollars tirés des fonds publics aux organisations religieuses, mais les garanties liées aux droits civiques ont été renvoyées pour étude et décisions ultérieures » a déclaré Christo-pher Anders, conseil juridique de l’American Civil Liberties Union.

Présence cléricale

Le New York Times, du 16 mars 2009, rapporte que depuis sa rupture avec le Révérend Jeremiah A. Wright, lors de la campagne présidentielle, le président Obama s’est tourné vers un groupe de pasteurs évangéliques « pour des sessions de prières privées ou pour des discussions sur le rôle de la religion dans la sphère publique et politique ». Ces cinq pasteurs sont le Révérend Otis Moss, Jr., l’évêque T.D. Jakes, les Révérends Kirbyjon H. Caldwell, Jim Wallis et Joel C. Hunter. Trois d’entre eux – Moss, Hunter et Wallis – siègent au nouveau Conseil consultatif. Sandhya Bathija, éditorialiste de la revue laïque Church & State, rappelle que « si aucun de ces pasteurs ne peut être assimilé au noyau dur de la Droite Religieuse », comme groupe « ils peuvent difficilement être caractérisés comme faisant partie d’une gauche chrétienne » selon le NY Times. « Opposés à l’avortement et à l’homosexualité, ils partagent avec le président Obama la conviction que la foi est nécessaire dans le combat contre l’inégalité économique et l’injustice sociale », commente Sandhya Bathija. Joel C.Hunter, pasteur à Lakeland, Floride, fut, un bref moment, pressenti pour conduire les destinées de la « Christian Coalition », un groupe phare de la Droite Religieuse, fondé en 1989 par le télé-évangéliste Pat Robertson. [3] Jakes et Caldwell furent aussi des conseillers spirituels du président George W. Bush. Selon le NY Times, la plupart de ces ecclésiastiques furent introduits auprès d’Obama par Joshua DuBois. Et Sandhya Bathija de faire remarquer que si « comme pour tout américain, le citoyen Obama a le droit constitutionnel de pratiquer librement le culte de son choix », ce qui intéresse et regarde les citoyens favorables à la séparation des Eglises et de l’Etat, « c’est le degré d’implication de ce petit groupe quant aux conseils sur le “rôle de la religion en politique” et autres sujets controversés ».

Protéger le mur de séparation

La multiplication de conflits récents, souvent sur le terrain juridique, au cœur de la contradiction entre la place exorbitante de la religion dans la sphère publique et l’existence du Premier Amendement, est révélatrice de l’importance des enjeux : – En Oklahoma, où le sénateur Républicain Brogdon a pris la tête d’une croisade pour l’érection du monument dédié au Décalogue sur les pelouses du Capitole de l’Etat, à Oklahoma City. – En Arizona, où la bataille juridique fait rage devant la Cour Suprême de l’Etat pour obtenir l’interdiction des « vouchers », ces bons de réduction sur fonds publics pour le financement des études dans des établissements confessionnels. – Au Kentucky, où une action similaire est engagée contre le financement public de l’université baptiste « The Cumber-lands », à Williamsburg, Kentucky. – En Virginie, où un groupe universitaire bigot entend remettre en cause rien moins que « la Loi sur la Liberté Religieuse » de cet Etat, texte fondateur de la jeune République américaine, rédigé par Thomas Jefferson et adopté en 1776... – Au Texas, où les partisans de l’évolution et des enseignements de Darwin sont sous la menace des menées des créationnistes. – En Caroline du Sud, où des officiels de premier plan, l’Attorney General Henry McMaster et le Gouverneur adjoint Andre Bauer, ont pris la tête de la croisade pour imposer les plaques minéralogiques chrétiennes « I Believe [4]

Philippe BESSON


Coach Dungy avec President Obama ?

Par un communiqué de presse du 31 mars 2009, Americans United for the Separation of Church & State a porté à la connaissance de tous une information issue d’un blog « God & Country » émis par U.S. News & World Report, annoncant que Tony Dungy avait été approché pour être membre du Conseil consultatif d’experts sur les « initiatives basées sur la foi ». S’il est peu connu en France, Tony Dungy, 53 ans, est une personnalité sportive de premier plan aux Etats-Unis. Ancien footballeur professionnel, il a derrière lui une carrière d’entraîneur extrêmement probante dans la très réputée National Football League (NFL). Après avoir amené les Buccaneers de Tampa Bay en demi-finales, il fut le premier coach noir à remporter le Superbowl en février 2007, comme manager des Indianapolis Colts. A la même époque, et fort de ce succès médiatique, Coach Dungy, un habitué de longue date des soirées de la Religious Right, prit la parole dans les campagnes de levée de fonds de l’Indiana Family Institute – lié aux organisations familiales réactionnaires de James Dobson, héraut de la lutte contre l’avortement, les droits des homosexuels, la contraception et la séparation des Eglises et de l’Etat. Dungy avait alors l’habitude de déclarer : « Je ne suis d’aucun bord, je suis du côté du Seigneur ». Pas de quoi rassurer les partisans de la pleine liberté de conscience et du mur de séparation.


[1] Pour l’analyse du discours de Zanesville, se reporter à « Le sénateur Obama et les programmes faith-based » in L’Idée Libre, n°282, septembre 2008

[2] Robert Boston : « Déchaînement Faith Based » in La Raison n°535, novembre 2008

[3] cf. « Pat Robertson promet l’enfer à Dover, Pennsylvannie » in La Raison n°507, janvier 2006

[4]  ».« Top 10 de la séparation aux Etats-Unis » in La Raison n°538, de février 2009.


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