Contribution de l’Union des Athées (France)

Johannès Robyn - (Président de l’Union des Athées)
lundi 5 mars 2007
par  cilalp_france
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A voir les choses comme elles se déroulent aujourd’hui, je suis à la fois pessimiste et optimiste.

Pessimiste parce que, malgré le siècle des Lumières, malgré les progrès de l’humanisme laïque, la grande majorité des Etats de ce monde a toujours veillé à entretenir financièrement les institutions religieuses. Et pas seulement financièrement : aucun pays européen, par exemple, n’a jamais voulu abolir ses lois pénales sur le blasphème. voilà bien une des premières choses à faire. Et les deuxpays où, à ma connaissance il n’y a pas de telles lois, trouvent d’autres moyens pour condamner la critique, la dérision ou la parodie religieuse.En France, il y a déjà de nombreuses années que l’association« Croyances et libertés » ne cesse de poursuivre en justice la moindre égratignure commise à l’encontre des dogmes ou de l’imagerie sacrée. Dans l’autre, la Belgique, vient de se créer une association « Belgique et Chrétienté », spécialement conçue pour poursuivre en justice ce genre de délits. On y parle de « racisme anti-chrétien », ce qui est très grave, en ce sens que toute critique ou dérision d’une croyance sera bientôt assimilée au délit de racisme. La même chose se passe en Angleterre, avec le « Bill against religious hatred » contre l’incitation à la « haine religieuse ».

La tolérance et l’humanisme sont devenus des caractéristiques religieuses, ou du moins revendiquées par ces institutions, et la moindre critique, la moindre dérision est qualifiée « d’intolérante ». Il conviendrait de rétablir, avant toute chose, que l’intolérance consiste à contraindre physiquement ceux qui ne pensent pas comme nous, et non pas à critiquer ce qu’on trouve mauvais ou à se moquer de ce qu’on trouve ridicule.

C’est bien la combinaison de la puissance financière et la persistance de lois absurdes qui maintient le pouvoir politique et médiatique des institutions religieuses.

Il y a aussi la persistance de cette notion de « respect » des croyances, principalement religieuses. C’est bien aussi pour ce motif qu’on veille scrupuleusement, et de plus en plus, à empêcher toute dérision ou moquerie contre les croyances admises et reconnues.

Et ces lois ne font que croître et embellir. Je ne citerai que l’Espagne, qui dans son Code civil de 1996 stipule clairement que seront punis ceux qui, par l’écrit, l’image ou la parole, se moqueront ou tourneront en dérision les croyances, les croyants et leurs ministres des cultes… pour autant que ceux-ci soient reconnus évidemment. Et c’est bien là que l’on constate, par ce système de « religions reconnues » (et d’autres pas) que tous les Etats européens pratiquent actuellement la « discrimination religieuse » tant abhorrée dans le projet de constitution : sauf la France, qui ne reconnaît aucun culte, aucun Etat ne répondrait, sur ce point, aux exigences du projet de constitution. C’est toujours une bonne chose.

Optimiste : le réveil des institutions religieuses qui, constatant le délabrement de la foi dans la masse des populations, s’insurgent par voie légale contre les moindres atteintes à son respect. Ce respect des croyances inscrit dans la constitution française. On assiste donc à un sursaut d’énergie, permis par de bonnes finances – souvent pourvues par les Etats – contre un déclin de la foi, qui se manifeste justement par l’augmentation des « blasphèmes ». Optimiste encore parce que cette réaction cléricale en provoque, ou en provoquera une autre : une réaction anticléricale, tout aussi forte, et qui a cruellement manqué dans tous les Etats européens.

C’est donc avec un immense plaisir que je vois naître aujourd’hui un comité de liaison international, tant attendu, et dont j’espère beaucoup. Mais il y a deux ou trois choses très importantes et très difficiles à faire :

- Abolir le respect obligé des croyances et abolir toutes les lois contre le blasphème.
- Ne plus accepter que l’on puisse déroger aux lois sous prétexte religieux.
- Réinstaurer le sens réel de la « tolérance ».
- Mettre définitivement fin au financement par les Etats de certaines croyances sélectionnées sur des bases politiques.

Ce n’est qu’à ces conditions que l’athée ne sera plus un paria dans sa propre société.


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