Echos du Liban

Extrait de : La Raison n°552 - juin 2010
lundi 31 mai 2010
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Le Liban est souvent cité en exemple comme pays où le communautarisme est institutionnalisé, puisque le Président de la République doit être un chrétien maronite, le Premier Ministre un musulman sunnite, le Président de la Chambre un musulman chiite, et ainsi de suite, chacune des 18 communautés religieuses reconnues ayant ainsi un portefeuille ministériel ou équivalent. La réalité est un peu plus complexe. Le Liban a une Constitution, votée le 23 Mai 1926 sous le Mandat Français, et modifiée à plusieurs reprises. Cette Constitution ne contient pas cette « distribution » de postes entre les communautés, qui n’a été instituée que plus tard, en 1943, par un accord oral entre les dites communautés. La Constitution libanaise inclut en particulier l’Article 7 : « Tous les libanais sont égaux devant la loi. Ils jouissent également des droits civils et politiques et sont également assujettis aux charges et devoirs publics, sans distinction aucune. »

Liberté de conscience ou liberté religieuse ?

Elle n’est cependant pas non plus complètement laïque. Ainsi l’Article 9 hésite entre la liberté de conscience et la liberté religieuse : « La liberté de conscience est absolue. En rendant hommage au Très-Haut, l’Etat respecte toutes les confessions et en garantit et protège le libre exercice à condition qu’il ne soit pas porté atteinte à l’ordre public. Il garantit également aux populations, à quelques rites qu’elles appartiennent, le respect de leur statut personnel et de leurs intérêts religieux. » De même, l’Article 50 décrit le serment imposé au Président élu : « Avant de prendre possession de ses fonctions, le Président de la République prête serment de fidélité, devant le Parlement, à la Nation Libanaise et à la Constitution, dans les termes suivants : « Je jure par le Dieu Tout Puissant d’observer la Constitution et les lois du Peuple libanais, de maintenir l’indépendance du Liban et l’intégrité du territoire. » »

La composition de la Chambre des députés est décrite par l’Article 24, qui a été modifié à de nombreuses reprises : « La Chambre des députés est composée de membres élus dont le nombre et les modalités d’élection seront déterminés par les lois électorales en vigueur. En attendant l’élaboration par la Chambre des députés d’une loi électorale sans contrainte confessionnelle, les sièges parlementaires seront répartis conformément aux règles suivantes : a) A égalité entre chrétiens et musulmans b) Proportionnellement entre les communautés de chacune de ces catégories c) Proportionnellement entre les régions. (..). »

Cette obligation faite aux députés de déconfessionnaliser la Constitution est reprise dans l’Article 95 : « La Chambre des députés élue sur une base égalitaire entre les musulmans et les chrétiens doit prendre les mesures adéquates en vue d’assurer la suppression du confessionnalisme politique, suivant un plan par étapes. Un comité national sera constitué.. »

En fait, et tout au contraire, les chefs communautaires se sont entendus en 1943 pour faire l’inverse, et étendre le pluralisme institutionnel, par un accord qui est resté oral. Des modifications sont également intervenues par les « accords de Taëf » en 1989, qui ont mis fin à la guerre civile.

La situation institutionnelle au Liban est donc complexe, et les obligations faites aux citoyens (appartenance à une communauté, naissance, mariage et obsèques religieux, lois différentes selon les communautés par exemple pour les héritages, etc..) ne sont pas issues de la Constitution mais plutôt en contradiction avec elle, à cause d’un accord au sommet qui est encore en vigueur aujourd’hui.

Contre le communautarisme

Mais beaucoup de libanais, surtout ceux qui ne se reconnaissent pas dans une communauté particulière, qui souhaitent un mariage intercommunautaire (possible aujourd’hui seulement en allant à l’étranger : Chypre, Grèce, etc..), qui réclament le droit pour les femmes de transmettre leur nationalité, ou simplement le droit pour tout citoyen de postuler à un poste de l’administration sur la seule base de ses compétences, agissent pour obtenir une forme de séparation des religions et de l’Etat, une forme de laïcité. Ils peuvent dans une certaine mesure s’appuyer sur la Constitution. Ainsi, un groupe de citoyens libanais a décidé de manifester le 25 Avril 2010 à Beyrouth : «  … pour la laïcité et pour l’application de la lettre et de l’esprit de la Constitution libanaise. ».

Après avoir rappelé les Articles 7 et 9 de la Constitution, ils expliquent : « En pratique, le Liban est contrôlé par une oligarchie politique composée à majorité d’hommes d’affaires, de chefs communautaires, de descendants de familles féodales et d’anciens chefs de milices qui se sont arrogé, dès les premiers jours de l’indépendance du Liban, le droit régalien de distribuer les postes et les prébendes de l’Etat selon un marchandage confessionnel. » De même, une manifestation d’une centaine de personnes, sous la forme d’un « mariage collectif festif », s’est déroulée le 18 Mars 2010 à Beyrouth, pour réclamer l’autorisation du mariage civil au Liban et l’instauration d’un Etat civil. Une participante a affirmé à la presse que « Entre 1998 et 2010, 70 000 Libanais ont signé la pétition pour l’autorisation du mariage civil. ». Il faut d’ailleurs noter que, dans une situation évidemment différente, la Knesset israélienne a adopté le 15 Mars dernier, par 56 voix contre 4, une loi reconnaissant le mariage civil en Israël, « pour les gens affirmant ne pas avoir de religion ».

Il semble donc possible, donc nécessaire, que cette campagne pour la laïcité au Liban se développe et se coordonne. Lors d’un voyage au Liban en Mars, j’ai pu rencontrer des athées et des libres penseurs dans plusieurs villes (Beyrouth, Anjar, Zahlé, Baabda). Après une présentation de l’histoire et des principes de la Libre Pensée, nous avons abordé les sujets sensibles dans une société « multiculturelle » : égalité des droits, formes d’organisations, initiatives publiques nécessaires pour imposer la liberté d’expression pour tous et la séparation des Eglises et de l’Etat, types de coopération entre des mouvements d’origines diverses, etc.. Cette discussion se poursuivra. C’est aussi le rôle des libres penseurs, en France comme ailleurs, de nourrir cette réflexion pour que la séparation soit obtenue dans cette région, en particulier dans ce pays si caractéristique et symbolique qu’est le Liban.

Roger Lepeix

Citations extraites de journaux locaux :

- Albalad des 15 et 19 Mars 2010

- L’Orient - Le Jour 17 et 19 Mars 2010



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