Renouveau américain ...
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La société américaine est en proie à une violente crise. La théorie officielle [1] caractérise cette crise de « morale », et par là même préconise de glisser « plus de morale » dans la société, dans les affaires, dans la politique. Il faudrait « moraliser » tout cela. La traduction pratique est le déferlement des Eglises en tout genre, se servant largement dans les finances publiques pour s’acquitter d’une mission. Leur raison et dévotion sociale s’amplifiant à la mesure du nombre de zéros sur leur compte en banque. Beaucoup peuvent penser, à regarder de l’autre côté de l’Atlantique, qu’il n’y a rien de nouveau dans une société gangrenée par le puritanisme où le mythe des Pilgrim Fathers (pères pèlerins) est échafaudé comme une ligne morale infranchissable. Dès lors, la pensée est sclérosée et incarcérée dans l’unique sens que les congrégations et les Églises veulent bien lui donner. Aux États-Unis d’Amérique, il n’y aurait plus d’espoir pour l’esprit libre de penser, rêver, construire une société d’égalité, de liberté et de fraternité. S’approprier ce triptyque ce serait, pour nous en France, oublier que sa défense constitue un combat permanent, mais ce serait aussi un affront pour le peuple américain. À cet effet, il n’est pas inutile de rappeler ces quelques phrases de Christian Eyschen lors du colloque Jefferson en septembre 2002 : « Incontestablement, la Révolution américaine est la mère de la Révolution française. Il y a une filiation indiscutable. L’enthousiasme réciproque des peuples pour d’autres peuples par delà l’Atlantique, prenant les armes pour combattre l’oppression et établir la démocratie, est manifeste. La France a applaudi à la victoire de Yorktown comme les USA ont vibré à celle de Valmy. (...) Le Premier Amendement de la constitution des États-Unis a formulé, en les concrétisant, les principes fondamentaux qui ont fait sortir l’Humanité de la nuit noire des anciens régimes monarchistes et cléricaux. Encore une fois, relisons le premier article du Bill of Rights de décembre 1791 : “Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l’établissement ou interdira le libre exercice d’une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse ou le droit qu’a le peuple de s’assembler paisiblement et d’adresser des pétitions au gouvernement pour le redressement de ses griefs”. »
Développement du militantisme athée et libre penseur
Le numéro d’avril de Sciences Humaines a consacré des articles au développement du militantisme athée et libre penseur. Il y est démontré que l’ère de la droite chrétienne a suscité « une vague d’adhésion » de militants à l’athéisme. Le phénomène est plus profond qu’un rejet épidermique : il est cité une étude de deux chercheurs de Berkeley qui montrent que « l’une des causes de l’abandon des appartenances religieuses traditionnelles est la méfiance grandissante d’une partie des Américains face à l’influence des religions sur la vie politique de leur pays » [2], et il n’est donc pas étonnant que « le nombre d’organisations d’étudiants athées et agnostiques sur les campus ait plus que doublé depuis 2008. » [3] Ce combat prend aussi de l’ampleur parce que « des philosophes, des scientifiques et des essayistes » s’engagent contre les Églises et leurs dogmes : Richard Dawkins, le physicien Victor Stenger, le psychologue Sam Harris, le philosophe Daniel Dennett. Ils anéantissent, chacun dans leur domaine, les fondations de la foi. Il faut dire que la maison est branlante. La citation vaut pour exemple sur l’existence de Dieu : « Pas pour R. Dawkins, ni pour V. Stenger qui, prenant les créationnistes au mot, proclament qu’un examen rationnel de l’hypothèse de Dieu est possible, et même nécessaire. Et voici ce que cela donne. Un être intelligent a-t-il fait le monde ? Impossible, car l’évolution va du simple au complexe. L’intelligence est un produit tardif de l’évolution, plus complexe que l’univers physique. Elle n’a pas pu exister avant ce qu’elle est censée avoir créé. » [4]
Les deux exemples suivants renvoient directement au début de cet article : l’utilisation du poids moral pour justifier les directives religieuses : « Les religions se moquent des souffrances des gens, explique S. Harris, citant l’exemple de ces gens « pieux » qui militent contre le vaccin anti-HIV parce que cela « facilite la fornication » [5], mais aussi « selon C. Hitchens, les valeurs religieu-ses sont fausses : « Mère Teresa, écrit-il, a passé sa vie à lutter contre l’unique remède existant à la pauvreté, à savoir l’émancipation de la femme ». [6] Si les articles de Sciences Humaines ne peuvent donner l’ensemble des arguments de ces penseurs contre les Égli-ses, ils relatent l’ampleur et la virulence légitime contenues dans leurs écrits, mais aussi le succès que leurs ouvrages connaissent. [7]
Pour la séparation effective des Eglises et des Etats
En guise de conclusion, trois remarques semblent s’imposer. Le combat des libres penseurs et des athées américains doit être salué ; seulement, et nous écrivons d’expérience, l’athéisme ne doit pas constituer la énième religion d’une communauté parmi tant d’autres. Ce qui nous amène à la deuxième remarque : le CILALP (comité international de liaisons des athées et des libres penseurs) ne peut qu’encourager les associations de libres penseurs et d’athées qui cherchent à « faire disparaître de l’espace public tous les symboles de la religion civile, tel le Under God dans le serment d’allégeance ou In god we trust sur les billets et les pièces de monnaie » [8], c’est-à-dire la recherche de la séparation effective des Églises et de l’État ; la question est posée à la responsabilité du peuple américain et des militants pour la laïcité. Enfin, le mouvement d’unification des mouvements de libres penseurs, d’athées, n’ouvre-t-il pas la perspective d’une internationale des libres penseurs et des athées ? Si la discussion est ouverte, l’œuvre est en marche. Oslo en 2011 en sera la réponse.
David Gozlan
[1] Quant à la théorie officieuse, à peine ose-t-elle qualifier cette crise d’économique et surtout sociale
[2] Le renouveau du militantisme athée aux États-Unis, Amandine Barb, Sciences Humaines, avril 2010
[3] idem
[4] La croisade du nouvel athéisme, Nicolas Journet, Sciences Humaines, avril 2010
[5] idem
[6] idem
[7] D’ailleurs certains, traduits en français, sont en vente à la librairie de la Libre Pensée
[8] Le renouveau du militantisme athée aux États-Unis, Amandine Barb, Sciences Humaines, avril 2010

