Pologne : l’Etat laïque et la politique des tombes

Extrait de : La Raison n°552 - juin 2010
mardi 1er juin 2010
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La Pologne est un État laïque - a dit le 15 avril Bronislaw Komorowski, le Président de la Diète polonaise à la radio TOK FM. Comme rationaliste, athée et féministe, j’ai longtemps attendu ces paroles. Cela mériterait la reconnaissance de ceux qui se battent tous les jours en Pologne pour le respect du principe constitutionnel de neutralité de l’Etat, si ce principe fondamental n’était pas mentionné par M. Komorowski dans un contexte spécifique.

Cette déclaration a été faite en effet pour justifier l’absence des autorités polonaises officielles dans la prise de décision sur l’enterrement du président Lech Kaczynski au château de Wawel, décision qui est contestée par de nombreux Polonais, indépendamment de leurs opinions politiques. Ceci signifie que la décision a été prise par l’Eglise catholique polonaise, sans consultation des représentants des structures démocratiques de l’Etat. Les propos de M. Komorowski traduisent moins la volonté de protéger le principe constitutionnel d’indépendance et autonomie mutuelles de l’Église et de l’État – violé de façon répétée en Pologne – que l’abdication totale de l’Etat polonais dans ses relations avec l’Église catholique. Selon la Constitution nationale, le Président est le représentant suprême de la République, élu par la Nation. Le fait que les décisions sur les funérailles du chef de l’Etat ont été prises hors (au-delà) des structures de l’Etat est injustifiable et a fortiori ne peut être justifiée par la séparation de l’Église et de l’État. Une telle situation ne peut être considérée comme normale que dans le cadre d’un État théocratique. JPEG - 93.3 ko

Mettons de côté la discussion sur la question de savoir si le président Lech Kaczynski a été ou non un héros à l’image, par exemple, de Tadeusz Kosciuszko, et si sa mort dans un accident aérien est une raison suffisante pour l’inhumer aux côtés des rois et héros de la nation. Le deuil n’est pas le moment approprié pour une telle évaluation qui ne pourrait qu’être ambiguë. Mais sur le principe, comment est-il possible qu’une décision aussi importante – pour sa portée symboli-que – soit prise hors des structures de l’État ? Dans une telle situation, la colère des Polonais n’est pas surprenante et ce n’est pas à eux que revient la responsabilité de violer le deuil, ce prétexte ne peut être utilisé pour faire taire les gens. Les citoyens ne peuvent être blâmés quand ils expriment leur désaccord avec l’instrumentalisation du deuil – qui a fait près de cent victimes – à des fins politiques ni avec l’utilisation du chantage moral et la « politique des cercueils et des tombes. »

La déclaration sur un État laïque faite par le plus haut représentant de l’Etat polonais a été remarquée et gardée en mémoire, sans que soit pour autant approuvée l’instrumentalisation de la Constitution. Les défenseurs du principe d’un État neutre ne manqueront pas d’insister sur son application cohérente, y compris dans les secteurs où ce principe est actuellement ouvertement bafoué : loi anti-avortement, enseignement religieux dans les écoles, protection du sentiment religieux ou projet de loi sur l’interdiction de fécondation in vitro. On peut aussi espérer que la déclaration de M. Komorowski protégera les droits des non-croyants et des représentants des différentes confessions contre les abus de la religion catholique dominante notamment via la présence des symboles et pratiques religieuses ostentatoires dans les institutions publiques.

Il ne s’agit pas ici d’utiliser la situation présente pour engager un combat idéologique ; il est difficile cependant de garder le silence quand les uns instrumentalisent le deuil national, en utilisant la puissance de l’Église catholique pour accroitre leur poids politique, tandis que les autres l’utilisent pour fuir leur responsabilité de dirigeants du pays.

NINA SANKARI 15 avril 2010



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